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J’ai lu: Shift, Tim Kring

par shad

Shift est le premier tome de la trilogie Les Portes d’Orphée écrite par Tim Kring. Si son nom ne vous paraît pas inconnu, c’est normal: Tim Kring est également le papa de la série Heroes.

« Tim Kring. Tim Kring. Ah oui, Heroes ! »

C’est à peu près le commentaire qui a accompagné la découverte de cette suggestion de lecture au moment d’acheter un truc [inutile] sur Amazon. Certains noms ont une fâcheuse tendance à rester gravés dans la mémoire, et d’autres non. Tim Kring appartient à la première catégorie.

À l’époque, j’avais plutôt bien accroché à Heroes et avais apprécié encore davantage de suivre des gens ordinaires se découvrant tout à coup des pouvoirs prodigieux. La narration et les personnages avaient bénéficié d’un développement vraiment efficace, et malgré une diffusion chaotique, j’étais restée accrochée presque jusqu’au bout. En fait, c’est un peu pour ça que j’ai fini par valider une commande beaucoup plus grosse que prévue, en pressentant que les personnages de Shift bénéficieraient de cette qualité d’écriture et que l’histoire n’en serait que plus savoureuse.

L’histoire de Shift n’a cependant que peu de chose à voir avec Heroes (et dans un sens : tant mieux), hormis cette reprise du thème fétiche de Tim Kring « des gens ordinaires se découvrent des pouvoirs extraordinaires »:

Octobre 1963 : Chandler Forrestal, jeune étudiant fauché, n’aurait jamais dû entrer dans ce bar. Il n’aurait jamais dû parler à cette belle brune, ni lui offrir un verre. Car la CIA l’a choisi comme cobaye d’une « expérience » destinée à tester les effets du LSD sur l’esprit humain. Forrestal en ingère une dose massive, et développe d’effrayants pouvoirs psychiques : hyper-vigilance, lecture dans les pensées, prise de contrôle du cerveau, ou capacité à provoquer des hallucinations… Il dévoile ainsi un complot visant à assassiner le président Kennedy. Forrestal devient l’homme à abattre. Poursuivi à travers les Etats-Unis par des agents de la CIA et des tueurs de la mafia, parviendra-t-il à changer le cours de l’histoire ?

L’histoire se passe dans un contexte lointain (1963) mais familier, et ressemble à un Heroes en version accélérée. Une organisation secrète gouvernementale – se livre à des expériences avec du LSD, estimant que cette drogue hallucinatoire permettrait de booster les capacités cérébrales de l’Homme, qui – d’après certaines théories – n’utiliserait guère plus de 5-10% de son cerveau. Cela vous rappellera peut-être également l’intrigue de Lucy, le film de Luc Besson mais pour être honnête, je ne sais pas trop si c’est normal ou non.

C’est là qu’entre en scène un étudiant un peu juste en fin de mois, Chandler Forrestal, qui se retrouve volontaire à l’insu de son plein gré pour quelques tests et se voir administrer une forte dose de LSD. Rapidement, il développe bien malgré lui des sens exacerbés, une agilité accrue, un don de télépathie, un fort pouvoir de suggestion mentale, de même qu’une liste impressionnante de pouvoirs psychiques. Mais le cobaye ne sert pas qu’à appuyer cette théorie des 5-10% et met à jour dans la foulée un complot visant à assassiner le Président Kennedy… Rapidement, Forrestal devient une cible à abattre. Voilà pour la base de l’histoire, et pour en dévoiler le moins possible.

Le premier tiers du livre est très riche en détails, qu’il s’agisse de la narration ou des personnages, et soulève en même temps beaucoup de questions. Plus on avance dans l’histoire, plus les personnages deviennent nombreux et ne sont pas toujours décrits, si bien qu’on se retrouve vite submergés par une horde d’inconnus sommairement introduits, à peine décrits et plutôt là pour faire de la figuration que pour apporter quelque chose à l’histoire. Si c’est assez perturbant au début, cela dure suffisamment longtemps pour finir – à la longue – par irriter. Et si cette déferlante de personnages secondaires contribue à rendre l’histoire encore plus crédible, elle la rend aussi et surtout d’autant plus difficile à suivre au final…

En progressant dans ma lecture, je me suis subitement souvenue du pourquoi j’avais lâché Heroes avant la fin : les mêmes défauts d’écriture se retrouvent dans Shift, et dans ce tome 1 on assiste à une succession complètement random de détails, de personnages et de choses qui ne sont pas exploitées dans la narration, mais qu’on « expliquera plus tard ». Le mystère, le suspense, c’est savoureux… mais pas à aussi haute dose. Et à la lecture de ce premier tome, je vois bien venir la fin de cette trilogie avec trois chapitres finaux beaucoup trop denses pour être digestes, un peu en mode « vous aviez peut-être repéré ce détail dans le chapitre 2… voilà le pourquoi du comment ! ». J’ai vraiment été très déçue de ce point de vue-là, et la lecture de certains chapitres s’est avérée très pénible.

Malgré tout… Shift a quand même de très bons atouts, avec notamment un contexte géopolitique pas glop du tout mais richement exploité pour qui est familier des repères historiques de cette époque. Certaines allusions avaient parfois du mal à passer et ont été l’occasion de quelques petites révisions sur la Guerre Froide et toute cette période – pour mon plus grand bonheur, cela dit ^^. Les descriptions des environnements et des hallucinations provoquées par le LSD sont très réussies et j’ai presque eu l’impression de ressentir certaines sensations ou de moi-même être en train d’halluciner; c’était vraiment perturbant et brillant à la fois.

Je ne sais pas vraiment si j’ai envie de recommander Shift à cause de tous les poncifs narratifs propres à Tim Kring (intrigues sans fin, trop de personnages, détails mentionnés sans jamais être exploités dans un délai correct…), parce qu’à moins de passer outre, il est vraiment difficile d’apprécier ce roman. Si en revanche cela ne vous paraît pas être quelque chose d’insurmontable, foncez ! 😉

Article originellement publié sur la Malle aux livres.

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